Farines animales : avis des experts.

Farines animales : avis des expertsLes avis des autorités compétentes

En premier lieu, celui de l’Ansès1 du 25 octobre 2011.

Conclusion de l’avis de l’Anses :
« En 2009, l’Afssa2 recommandait comme garanties préalables à l’utilisation des PAT, d’une part, une parfaite étanchéité des filières produisant et utilisant les PAT et d’autre part la mise au point d’une méthode de routine validée de détection et d’identification de ces produits permettant de caractériser l’espèce animale d’origine.

L’état des lieux dressé à la demande de l’agence par le CGAAER3 montre une évolution positive vers une meilleure spécialisation des filières de production des PAT.

Néanmoins, la spécialisation des filières par espèces, depuis la collecte des sous-produits animaux servant à la fabrication des PAT jusqu’à la livraison des aliments composés dans les exploitations demeure incomplète et les méthodes analytiques de contrôle de l’espèce d’origine des PAT ne sont pas encore disponibles.

L’Anses estime donc que les conditions permettant une utilisation sécurisée des PAT ne sont pas à ce jour totalement réunies. »

Le rapport du groupe de travail précise, s’agissant des barrières de transmission interspécifique (barrières d’espèces) dans les EST :

« (…) le risque d’amplification (apparition d’un phénomène épizootique) des agents des EST peut être estimé négligeable si on peut empêcher :

– toute ingestion par des non ruminants de PAT issues de ruminants,

– toute ingestion par des non ruminants de PAT issues de la même espèce. »

S’agissant de l’organisation des filières au regard des contaminations croisées, les conclusions intermédiaires dans le corps du rapport apportent des précisions suivantes :

« Pour les sous-produits de catégorie 3 issus des volailles, la spécialisation des abattoirs et le transport par catégorie de risque fait que la probabilité de présence potentielle de matériels infectieux issus de ruminants dans les PAT de volailles est nulle. »

« Pour les sous-produits de catégorie 3 issus des porcs, du fait de la non spécialisation totale des abattoirs, le risque de présence de matériels infectieux issus de ruminants dans les PAT ne peut pas être exclu. L’application obligatoire de la méthode de stérilisation sous pression permet de réduire l’infectiosité sans garantir une élimination totale ». Tout en précisant un peu plus loin que « le nombre d’abattoirs spécifiquement dédiés aux porcs est de 28 sur les 267 abattoirs répertoriés en France en 2009, mais il représente 73% de la production française. »

« Différentes possibilités ou niveaux de contaminations peuvent être identifiés tout au long de la chaîne de production et d’utilisation des PAT. Dans ces conditions, il apparaît nécessaire de réserver l’utilisation des PAT exclusivement aux usines dédiées à la fabrication d’aliments pour une seule espèce, et disposant de transports dédiés d’aliments. Ainsi sécurisées (filières spécialisées), la présence simultanée de PAT de porcs et de volailles au sein d’exploitations multi-espèces ne devrait pas poser de problèmes de sécurité sanitaire en cas d’erreur ponctuelle d’utilisation. » (Sic)4

Le CNA a abordé le sujet sous plusieurs angles :

« Dans un contexte national encore fortement marqué par la crise de l’ESB, la question de l’utilisation des PAT dans l’alimentation animale ne peut être abordée sous les seuls angles scientifique, économique ou réglementaire. Les aspects dits sociétaux sont déterminants, par delà le contenu quelque peu imprécis de ce terme. C’est l’une des fonctions du CNA que de se pencher sur ces aspects, tout en soulignant que le Conseil ne saurait en aucun cas être le seul dépositaire d’interrogations sociétales. » (Sic)5

Il en ressort, pour résumer et, je l’espère, sans travestir les propos des acteurs du groupe de travail, un point de vue convergent :

  1. le souvenir encore vif des années de crise sanitaire ;
  2. une peur du rejet des consommateurs et de la détérioration de l’image de l’élevage déjà écornée ainsi que celle de la filière viande dans son ensemble ;
  3. une surenchère qualitative par le biais des cahiers des charges excluant tout animal nourrit avec des PAT ;
  4. un doute quant à l’intérêt technico-économique de la substitution des tourteaux de soja par les PAT ;
  5. l’inquiétude d’une distorsion de concurrence intra-communautaire engendrée par la réintroduction des PAT dans l’alimentation des animaux de rente – bien sûr hors ruminants ;
  6. le fait que les consommateurs ne semblent pas prêts à accepter ce genre de pratiques.6

Le CNA clôture sont Avis n° 70 par une série de rappels – 32 au total – puis par 14 recommandations au cas où les PAT seraient autorisés dans l’alimentation des animaux d’élevage – hors ruminants, cela ne change pas -, car cette décision ne leur appartient pas. Elle se fera au niveau européen par la Commission.

Je vous relaie le quatorzième point de leurs recommandations, puisqu’il me concerne en tant que devoir moral :

« 14) Sans préjudice de la position que prendra la France dans la négociation européenne et de la décision qui sera finalement adoptée au niveau européen, le CNA recommande d’accompagner la publication du présent avis par des contacts avec les médias, journalistes et autres relais d’opinion, afin d’éviter autant que faire se peut la diffusion d’informations déconnectées de la complexité de la question, et de porter à la connaissance du public des informations factuelles et pertinentes, lui permettant de se faire une opinion. Le CNA recommande que ces informations soient relayées par tout moyen adapté, en fonction du contexte, afin que les acteurs et consommateurs construisent leur opinion sur les éléments réels et non sur des rumeurs ou des assertions non fondées scientifiquement. » (Sic)7

Je vous livre également leur expérience avec les médias et leurs conclusions :

« L’expérience du CNA de juin 2011

En juin 2011, le CNA a été confronté à la diffusion, dans les médias, d’informations sur les travaux en cours au sein du groupe de travail « Quelle place pour les protéines animales transformées dans l’alimentation des porcs, des volailles et des poissons ? Cet épisode impromptu a laissé entrevoir la façon dont le présent rapport pourrait être reçu s’il n’était pas accompagné d’une communication adaptée.

Le point de départ fut une invitation presse, largement diffusée, à assister à une séance plénière publique du CNA (il y en a une chaque année). Un seul journaliste est venu et seul le sujet des PAT a retenu son attention. Un article est paru le lendemain, laissant à penser que ce journaliste avait eu accès à une information confidentielle relative aux « farines », et présentant la décision de leur réintroduction comme acquise.

L’information a immédiatement été reprise par différents quotidiens, radios et blogs. Dans un deuxième temps, d’autres journalistes ont pris le temps d’enquêter et ont eu accès aux informations techniques (il ne s’agit pas de farines, le CNA n’avait pas rendu d’avis, et encore moins pris de décision…). Souvent très intéressés en découvrant la réalité et la complexité du sujet, peu ont cependant, à notre connaissance, voulu ou pu diffuser une information factuelle sur la nature des PAT (issues de sous-produits provenant d’animaux déclarés propres à la consommation humaine), la complexité du sujet, le contexte européen et mondial, etc. ; le réflexe, les images, revenaient souvent vers les bovins ; certains dénonçaient même que l’on trompât le consommateur en rebaptisant PAT les anciennes farines…

Que pouvons-nous retenir ?

  • De toute évidence, l’intention médiatique première était le scoop : sélectionner un sujet accrocheur et publier un « papier » volontairement polémique.
  • Une fois l’information alarmiste diffusée, aucun média ne pouvait intéresser son public en donnant des explications techniques ou en allant à contre-courant des idées et réactions dominantes (mais notons que certains ont choisi de ne pas en parler).
  • De la même façon, les associations de consommateurs, bien qu’associées aux travaux du CNA, n’étaient pas en position, dans l’urgence d’une médiatisation imprévue, de présenter des explications techniques (que peu de personnes voulaient entendre) face aux images réveillées par les « farines ».
  • Cet emballement médiatique illustre le fait que, plus de dix ans après la crise de l’ESB, la réintroduction de sous-produits animaux dans l’alimentation des animaux d’élevage est un sujet qui demeure sensible et réactive le traumatisme d’alors. » (Sic)8

L’Avis n°70 est librement accessible sur le site du CNA sur le lien suivant, pour information : pour le télécharger ou le lire sur votre navigateur Web external.

D’autre part, j’avais visité quelques sites de grands quotidiens pour voir le traitement de l’information. Je ne peux malheureusement pas les citer, ni mettre de lien-s-, car ils auraient sitôt fait de m’envoyer à l’échafaud. Me réfugier derrière le droit à la liberté de pensée et d’expression ne suffirait certainement pas.

Bref, au moins un grand quotidien national donnait sa version en s’appuyant sur les dires d’un autre grand titre de la presse, sans avoir, de toute évidence, lu une moindre ligne du document ou à défaut du communiqué de presse faisant référence à l’éventuelle introduction – et non pas réintroduction – des PAT dans la fabrication d’aliments pour les bêtes de rente.

D’autres confrères lui ont emboîté le pas pour ne pas être en reste. Résultats : des commentaires de lecteurs tous plus acerbes les uns que les autres, les mêmes rengaines qu’en 2000, des menaces, etc..

C’est en fait, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours !

« Mission accomplie » peuvent clamer en cœur nos chers journalistes, le mal est fait et bien ancré – bien encré aussi d’ailleurs !

1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

2. Agence française de sécurité sanitaire des aliments.

3. Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux.

4. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 26.

5. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 46.

6. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 46 et sqq.

7. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 66.

8. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 58 et sq.

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