Farines animales, le retour ?

Retour des farines animales ?La suspension des farines animales n’était que temporaire, afin d’y voir plus clair. Cependant si son retour est annoncé d’année en année depuis 2005, les données ont changé. Il ne s’agit plus de farines telles que celles à l’origine du chambardement de magnitude 50 sur l’échelle des mauvaises histoires.

Alors à la question : « Retour des farines animales ? » nous pouvons répondre NON, contrairement à ce qu’annoncent les médias.

Réhabilitation ?

« Certains chercheurs considèrent la destruction des protéines animales transformées comme un énorme gaspillage et militent pour que soit levée la suspension dont elles font l’objet en alimentation animale. » (Sic)1
D’un point de vue déontologique, je trouve cette attitude un peu limite. Quand les éleveurs se sont retrouvés sous le feu de la critique, les protagonistes se cachaient et faisaient le dos rond. Depuis l’interdiction des FVO2, les chercheurs reviennent à la charge régulièrement pour réhabiliter des protéines animales dans l’alimentation. Et si cela tourne mal de nouveau, qui est-ce qui paiera les pots cassés ? Les éleveurs !

En plus, un terme me choque : « les chercheurs militent pour la levée de la suspension. » Militer, c’est mener une lutte pour une idée, une opinion. Les anti ceci et anti cela militent, mais si les chercheurs s’y mettent aussi, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Avec militer, nous dépassons la simple recommandation.

Concernant l’aspect économique, cette suspension coûte 6 milliards d’euros par an à l’UE, selon les estimations du ministère de l’Agriculture. Pour la France, le stockage et l’incinération des FVO coûteraient 480 millions d’euros. Les produits carnés représentent en Europe un gisement de 2,7 milliards de tonnes – Mt – par an de farine et de 1,7 Mt/an de graisses animales. D’un point de vue écologique, l’incinération systématique des seules farines animales rejette annuellement 5 Mt de gaz carbonique et d’oxyde d’azote et de soufre dans l’atmosphère.3

Avez-vous remarqué le terme gisement ? « Un gisement de 2,7 milliards de tonnes… etc. ». On croirait parler d’un filon d’or ou encore d’un champ pétrolifère !

Mais au fait, pourquoi utiliser des protéines animales ? N’en produit-on pas en Europe d’origine végétale ?

D’un point de vue technique et nutritionnel, le tourteau de soja est le plus polyvalent et le moins restrictif – Revoir le tableau et les raisons techniques dans « quels sont les raisons de l’utilisation des farines animales ? » -.
« Mais l’Union européenne est largement déficitaire en tourteaux : en 2008-2009, le déficit de l’Union en protéines végétales était de 73%, celui de la France de 53%. La France a importé au cours des dernières années, chaque année, entre 3,7 et 4,5 millions de tonnes de tourteaux de soja pour nourrir ses animaux. […]

On notera, de façon incidente, que le tourteau de soja d’Amérique du Sud est souvent issu de variétés génétiquement modifiées, dont la culture n’est pas autorisée en Europe mais dont l’usage en alimentation animale est, lui, bien entendu autorisé. » (Sic)4

Concernant la France et plus récemment – année 2011 – le CNA5 a épluché la Feuille de route n° 2 pour les EST6 de la Commission européenne.

« La Commission envisage d’assouplir certaines mesures de police sanitaire prises lors de la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) dans les années 1990-2000, en soulignant sans ambiguïté que ceci se fera en donnant la priorité absolue à la sécurité sanitaire des aliments et à la protection des consommateurs, et dans la mesure où des conditions adaptées seront respectées.

[…] Il convient de souligner que la question posée par la Commission européenne et traitée par le CNA dans le cadre du présent rapport concerne les Protéines Animales Transformées (PAT) :

  • issues de sous-produits d’animaux sains qui ne sont pas destinés à la consommation humaine pour des raisons commerciales, culturelles ou technologiques (parties osseuses, viscères, gras, sang…) et collectés notamment dans les abattoirs et les ateliers de découpe ;
  • issues de porcs, volailles et poissons, espèces monogastriques chez lesquelles aucune EST n’a été mise en évidence en conditions naturelles ;
  • pour l’alimentation de ces mêmes porcs, volailles, poissons, espèces naturellement omnivores ou carnivores – tout en excluant le recyclage intra-espèce. » (Sic)7

« Les évolutions des filières d’alimentation animale après la crise de l’ESB permettent d’envisager que, si les débouchés existent, les entreprises sauront adapter leurs outils de production. Cependant, en France, les usines de fabrication d’aliments pour animaux sont le plus souvent polyvalentes, c’est-à-dire qu’elles fabriquent des aliments destinés à plusieurs espèces, sauf dans les zones de forte densité d’élevage comme la Bretagne (les aliments pour animaux sont généralement fabriqués dans les zones d’élevage afin de limiter les transports pour des produits lourds et volumineux). Parallèlement, plusieurs espèces animales sont présentes dans la plupart des élevages français. La situation est différente dans la plupart des autres États membres, où les usines et les élevages sont davantage spécialisés par espèce. Dans l’hypothèse d’une autorisation des PAT dans les aliments porcs ou volailles conditionnée par des circuits dédiés, les entreprises françaises pourraient se trouver défavorisées, selon la façon dont les exigences de spécialisation des chaînes et circuits de production seraient déclinées. Il conviendra en conséquence de vérifier que cette spécialisation, ainsi que les contrôles associés, soient techniquement et économiquement faisables pour les opérateurs comme pour les autorités publiques. » (Sic)8

Seigneur, ce ne sont que quelques PAT.

Nous avons déjà vu les trois catégories qui constituent les sous-produits animaux – Cf. « Que deviennent les farines ? ».

« Les farines de viandes et d’os (FVO), communément appelées « farines animales », proviennent de la transformation de sous-produits animaux des catégories 1 et 2. Elles sont réglementairement interdites d’usage en alimentation animale, comme le sont les graisses issues de ces mêmes catégories de sous-produits.
Les protéines animales transformées (PAT) sont produites exclusivement à partir de sous-produits de catégorie 3. Elles peuvent aussi incorporer, de façon marginale, des « produits alimentaires » issus de l’alimentation humaine mais non utilisés par celle-ci. Elles sont actuellement interdites pour les animaux d’élevage, sauf quelques exceptions […] ; elles peuvent entrer dans la composition des aliments pour animaux de compagnie (chiens, chats). Ce sont bien les PAT qui font l’objet de la présente réflexion. » (Sic)9

Schema sous produits 3 catégories

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« Pour l’ensemble de ces sous-produits, la réglementation européenne impose notamment :

  • des circuits de transformation, du fournisseur jusqu’au destinataire (installations, contenants, transport…) dédiés par catégorie, afin d’assurer l’étanchéité la plus parfaite possible entre catégories ;
  • un agrément sanitaire des différents établissements de la filière, délivré en France par les directions départementales en charge de la protection des populations ;
  • un marquage au GTH10 des produits transformés de catégories 1 et 2, permettant de les tracer et de repérer, le cas échéant, des fraudes quant à leur usage ;
  • une affectation stricte des conteneurs de transport, ceux destinés aux sous-produits (hors CGA11) ne pouvant pas être utilisés ultérieurement pour le transport de matières destinées à l’alimentation humaine ou animale ; des règles encadrant le transport proprement dit (nettoyage, traçabilité, etc.) ;
  • l’interdiction du recyclage intra-espèce des PAT (y compris pour les poissons). » (Sic)12

Le schéma ci-dessous pour vous simplifier la lecture du projet d’utilisation des PAT en alimentation des animaux de rente et le non-recyclage intra-espèces.

protéines animales transformées autorisés

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« Considérant qu’aucune transmission de l’ESB aux non-ruminants par voie orale n’a été démontrée, la levée, de l’interdiction des PAT dans l’alimentation des porcs, volailles et poissons n’est envisagée que sous conditions strictes. Malgré la quasi éradication de l’ESB chez les bovins, les PAT issues de ruminants sont exclues de la proposition, qui cible les seules PAT de porcs, volailles et poissons. » (Sic)13
Nous pourrions opposer le fait que les PAT sont un autre terme plus policé pour désigner les viles farines animales. Seulement, concernant la réutilisation des protéines animales pour les omnivores et les carnivores n’est pas un contresens… quand le recyclage s’avère correct. C’est-à-dire : ne pas utiliser de matières douteuses de manière également douteuse.
Donc, pas d’utilisation d’animaux morts hors abattoirs. Pas d’animaux atteints de maladies connues, certes, mais dont nous ne connaissons pas leurs évolutions et mutations dans le cas d’utilisations techniques déviant légèrement du comportement naturel (maladies comme la tremblante, la fièvre catarrhale ovine, la tuberculose bovine, la fièvre aphteuse, le virus de la maladie d’Aujeszky et bien d’autres). Pas de dérapage de professionnels peu scrupuleux pour une vulgaire histoire de fric !

1. Revue : Agrodistribution, avril 2004, p. 51.

2. Farines de viande et d’os.

3. Revue : Agrodistribution, avril 2004, p. 52.

4. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 33.

5. Centre national de l’alimentation. Pour ce travail, il regroupait 79 personnes.

6. Encéphalopathie spongiforme transmissible.

7. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 5.

8. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 25.

9. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 7.

10. Glycéroltriheptanoate.

11. Corps gras animaux.

12. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 20.

13. CNA, Avis n° 70, op. cit., p. 23.

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