PAT éthique

pat éthiquesPour conclure, temporairement sur ce sujet, je me demande si c’est encore une spécificité française ou plus généralement humaine, mais pour se dédouaner de ses propres fautes, nous cherchons d’abord des boucs émissaires.

« C’est la faute d’untel, parce que ceci. »

« C’est la faute d’untel, parce que cela. »

« Nous ferons toute la lumière sur cette affaire pour trouver le(s) fautif(s)/coupable(s). »

En fait, ce sont toujours les autres, les gens ! Les GENS ! La définition du mot gens est appropriée à cet exercice : « personnes en nombre indéterminé. »

Dans le cadre de l’agriculture actuelle et quelles que soient ses méthodes, les fautifs, ce sont nous tous. Eux, vous, moi… nous, en somme.

Chère lectrice, Cher lecteur, vous qui lisez ces lignes, vous vous insurgez et vous vous dites que j’abuse – si, si, avouez 😉 – vous n’êtes pas du tout de la partie agricole, pourtant vous êtes aussi responsable que n’importe qui d’autre.

Tout cela résulte des choix sociétaux faits par la France depuis qu’Elle existe, voire même avant puisqu’Elle repose sur un territoire qui était occupé par différentes tribus Gauloises. Mais aussi par l’influence de l’Europe – le continent, pas l’Union européenne d’aujourd’hui -. Les seigneurs, les puissants, lorsqu’ils ne se tapaient pas dessus, se rendaient visite et rapportaient des bonnes idées à essayer dans leur contrée.

Petit à petit, ces choix se sont empilés, additionnés et sont devenus notre héritage. Maintenant, notre système sociétal est surtout bâti sur le business. Faire feu de tout bois, générer un maximum de profits. Faire tourner les capitaux le plus rapidement possible.

Marché de niche, autrement dit assez confidentiel ; profits juteux, sur notre dos, donc ; marché porteur, c’est-à-dire avec des débouchés importants et un paquet de pognon au bout, sont des mots très en vogue et que toute femme d’affaires ou tout homme d’affaires rêve d’avoir dans son vocabulaire. Nous sommes en guerre, en guerre économique, et ce, depuis très longtemps. Elle est plus sournoise que celle opposant des armées, car moins visible. Pourtant, elle fait des victimes, chaque jour !

Une majorité de la population française est urbaine, avec des préoccupations d’urbaine, des métiers utilisant des techniques modernes, et une fois arrivée les vacances, de partir à la campagne pour s’aérer. Et là, nostalgie d’un passé pas forcément vécut, de vouloir voir des animaux domestiques en liberté et des paysans rentrant leur foin en charrette à chevaux, ou tirée par une paire de bœufs sous le joug !

Bien sûr les gars ! La bonne image d’Épinal ! L’agriculture n’a pas évolué. Ce doit être l’agriculture de Gand-Papa. Cré vingt dieu !

Notre agriculture moderne et ses techniques sont loin d’être nouvelles. Les prémices ont été plantées peu avant la Révolution française. L’accélération de la science, donc de la compréhension de ce qui nous façonne et nous entoure a permis son décollage dès la deuxième moitié du XXe siècle à l’instar de l’aviation, l’astronautique, la médecine, l’automobile, la chimie, l’informatique, etc. Du fait de l’éventuelle arrivée des PAT dans l’alimentation des volailles et des porcs, je peux voir des commentaires demandant le retour aux méthodes d’élevage antérieur au XVIIe siècle, c’est-à-dire envoyer les porcs manger des glands en forêt. Cela se faisait du temps des Gaulois, qui l’utilisaient déjà, jusqu’au règne de Louis XIV qui mit fin à cette pratique par une grande ordonnance, cependant la France n’avait pas le même visage. Du temps du roi Soleil, elle totalisait 22 millions d’âmes. Aujourd’hui, nous sommes 65,82 millions1 pour une surface guère plus grande.

Depuis l’industrialisation de la bouffe, une distance s’est installée entre l’alimentation – les producteurs – et les consommateurs. Je me demande si cette distance ne va pas jusqu’à en déduire que les consommateurs, en majorité urbains, pensent avoir droit aux dernières technologies, au confort, au modernisme, au savoir, tandis que les producteurs, en majorité ruraux, devraient être des retardataires, des cancres et ne pas connaître Internet ! Juste le droit d’être de vulgaires croquants !

Oui, mais voilà, ce n’est pas le cas. Les engins agricoles sont aussi confortables et modernes que les voitures d’aujourd’hui. L’agriculture, elle aussi se modernise et use et abuse des techniques de pointe mises à sa disposition.

Techniques issues de cerveaux humains, pas toujours malintentionnés, mais certainement conditionnés par l’esprit de compétition qu’on nous inculque depuis le plus jeune âge et qui nous imprègne qu’on le veuille ou non, d’une part. Pour justifier son salaire et garder sa place qui vaut cher en ce moment, d’autre part.

Suis-je pour ou contre les PAT dans l’alimentation des animaux de rente – hors ruminants évidemment ?

Il me semble que nous n’avons pas exploré toutes les pistes d’aliments riches en protides capables de se substituer au tourteau de soja. De plus l’UE ne semble pas vouloir prendre des mesures favorisant les cultures protéagineuses dans notre vaste communauté, 28 pays pour 172,9 millions d’hectares2 de surface agricole utile, il y a peut être moyen, non ?

Il nous faudrait une décision politique forte. Comme il y a eu la PAC pour acquérir notre souveraineté alimentaire et devenir autosuffisant, il faudrait une vraie décision concernant les cultures protéiques en Europe.

J’estime que le schéma d’utilisation actuel des PAT est approprié et je ne vois aucune raison d’en changer. En d’autres termes, je suis contre leur utilisation en dehors de ce cadre. Donc pas de PAT pour les poissons, les porcs et les volailles mêmes s’ils sont carnivores ou omnivores. Les médias vous ont tellement bourré le mou qu’il faudrait des siècles pour que vous compreniez qu’un carnivore ou un omnivore peut manger de la viande !

D’autant que tout risque n’est pas exclu d’une présence de matériels infectieux issus des ruminants dans les PAT issus des porcs – Voir « Avis des experts » -. Il suffit que pour une raison ou pour une autre cela se retrouve accidentellement dans une auge à bovin et nous voilà repartis pour un tour.

Notre société est constamment en évolution voire en mutation. Des valeurs se perdent, d’autres se transforment. Manifestement celle(s) concernant les animaux reste(nt) intacte(s). Ne dégradons pas l’image de l’élevage plus qu’elle ne l’est déjà. Nos vaches, nos cochons, nos moutons ont d’autres soucis actuellement : ils sont accusés de polluer – bientôt plus que nous !!! – notamment les ruminants qui seraient grands fournisseurs de gaz à effet de serre. Nos mangeurs d’herbe produisent du méthane avec la fermentation naturelle de l’herbe dans leur panse et rejettent massivement ce gaz beaucoup plus nocif que le gaz carbonique3, c’est le comble !

Pour l’opinion publique surmédiatisée, nos porcs et volailles ne seront nourris qu’avec des PAT comme cette même opinion publique croyait – et croit toujours d’ailleurs – que les vaches étaient devenues carnivores.

Par le truchement d’une information partialement remodelée, les médias arrivent à diriger la majorité de l’opinion publique dans un sens ou dans l’autre, selon leur bon vouloir, leurs intérêts. Ce sont les plus gros créateurs d’OGM.

O.G.M. = Opinion Généreusement Manipulée.

1. Source : INSEE. Chiffre au 1er janvier 2014.

2. Source : INSEE (site web visité le 16 janvier 2014).

3. Une tonne de méthane – CH4 – serait aussi nocive que vingt et une tonnes d’oxyde de carbone – CO2.

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