Vœux pieux (partie II)

Vache folle : Vœux pieux, partie 2Nous avons déjà vu les sept premières mesures urgentes proposées par nos autorités politiques, en 2001, pour faire suite à la crise sanitaire provoquée par l’encéphalopathie spongiforme bovine. Regardons maintenant les autres pour clore ce chapitre.

– 8 – Une mention de la catégorie et de la race sur l’étiquetage de la viande bovine.

« La commission d’enquête estime, à l’instar de l’ensemble des professionnels auditionnés et du Conseil national de l’alimentation (CNA), qu’une solution doit être trouvée pour que les consommateurs puissent disposer des informations sur la catégorie et la race des bovins de la viande qu’ils consomment. Elle demande que ces mentions figurent obligatoirement sur l’étiquetage de la viande bovine. » (Sic)1

Le problème de l’étiquetage semble récurrent. Les industriels ayant l’air de rechigner à nous mettre clairement les ingrédients de ce qu’on absorbe. Nous ne leur demandons pas leur(s) secret(s) de fabrication, mais savoir uniquement s’ils n’en profiteraient pas pour nous refourguer de la m**** ! Et malheureusement avec les affaires sur les fraudes à la viande de cheval, ils ne me démentent pas. Faire une loi, comme c’est à l’étude depuis la fin 2013, n’empêchera pas ceux qui veulent escroquer d’escroquer ! Certes, la loi permettra peut-être de les sanctionner plus lourdement s’ils se font prendre la main dans le sac. Mais dans le cas d’empoisonnement laissant de graves séquelles aux victimes, aucune condamnation ne leur rendra leur vie d’avant !

– 9 – Un renforcement de la traçabilité des produits bovins, y compris ceux importés, par une information continue de l’étable à l’étal et une consolidation des maillons faibles de la traçabilité.

À lire les recommandations, nous rentrons de plein-pied dans l’ère de Big Brother. Puces RFID2 sous-cutanées, codes-barres et traçabilité par l’ADN. Détecteur dans le rectum3

Depuis bien longtemps, les animaux de ferme possèdent des boucles d’identification avec leur carte d’identité en au moins deux exemplaires. Un chez l’éleveur qui suit l’animal lors de toutes transactions et un à l’organisme départemental de l’élevage.

Les politiques ont juste remué un peu pour justifier leur place, leur salaire et rassurer la populace, mais tout était déjà en place depuis pas mal d’années, excepté l’attirail Big Brotherien.

Il y a déjà des satellites pour vérifier les cultures en place.

Pourquoi pas des drones pour surveiller le mouvement des bestiaux pendant que nous y sommes ? Remarquez, c’est moins coûteux à mettre en place comparé aux satellites et le concept d’une utilisation civile a littéralement explosé en 2013. Je suis sûr que l’idée est déjà dans les cartons.

– 10 – Un développement des filières de qualité, à partir d’un code des bonnes pratiques dans la filière bovine, favorisant la qualification des élevages et une contractualisation avec l’aval de la filière, en donnant à l’agriculture biologique la part qui lui revient.

« Cette nouvelle orientation de la filière doit également s’appuyer sur les signes officiels de qualité pour garantir aux consommateurs une offre de produit maîtrisée sur la base de cahiers des charges qualitatifs contrôlés par des organismes certificateurs indépendants. Or toutes les démarches de qualité telles que Agriculture biologique, Label Rouge, Appellation d’Origine Contrôlée ou Atout Qualité Certifié exigent au préalable une qualification des élevages. » (Sic)4

Mettre en place un code des bonnes pratiques dans l’ensemble de la filière bovine.

D’accord, mais le problème restera toujours le même ! Vous aurez des éleveurs qui feront consciencieusement leur travail par passion et par déontologie et vous avez les autres… Instaurer un code de bonnes pratiques ne peut être valable que s’il est vérifié, accepté et surtout pratiqué par tous.

En pleine crise de l’ESB, l’embargo sur les viandes britanniques n’a pas été aussi étanche que prévu. Que je sache, la viande n’est pas venue seule à la nage !
« Nous n’avons pas mis en évidence de circuit de fraude sur les farines animales. En revanche, nous avons connaissance de quelques affaires de fraude sur des circulations illicites de viande bovine. Ceci a fait l’objet de travaux de notre Direction nationale de recherches et d’enquêtes. (…) Les mouvements de carcasses ont continué jusqu’en mars 19965, avec une augmentation ou une diminution selon les années. C’étaient des animaux abattus et exportés en France. ». Il a, en outre, été ajouté : « D’après les discussions que nous avions eues sur ce sujet avec la DGCCRF, les carcasses de viande étaient plus destinées à l’alimentation humaine qu’à la fabrication de farines animales, sans que l’on puisse donner sur la destination exacte des informations sur le nombre de carcasses ou le tonnage de carcasses introduites importées du Royaume-Uni. Nous n’avons pas traité le dossier. ». (Sic)6
Aujourd’hui, la filière chevaline est entachée de deux scandales la même année. Tous les acteurs de cette filière ne sont pas des escrocs à la petite semaine pour autant. Il suffit de deux maillons faibles pour jeter le discrédit sur toute une profession.

– 11 – Une promotion des signes officiels d’identification de la qualité.

« Grâce aux efforts menés depuis plusieurs années par les professionnels, le terme « label » évoque aujourd’hui la notion de qualité. Or ce terme est de plus en plus utilisé, de façon abusive, sur l’étiquetage ou dans la communication de produits ne bénéficiant pas du label. Aussi les pouvoirs publics devraient-ils assurer une meilleure protection du terme « label » et du logo « Label Rouge ». » (Sic)7

Pour exemple :

« Viande limousine : cinq professionnels condamnés pour fraude au « label rouge ».

Cinq professionnels de la filière bovine limousine ont été condamnés […] à des peines allant de deux à huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Limoges pour avoir fraudé, entre 1994 et 2000, sur le « label rouge » de qualité en falsifiant l’âge des bœufs.

[…] L’âge des animaux, qui ne devaient pas dépasser 7 ans pour bénéficier du label, était falsifié par l’entreprise grossiste, avec l’accord de « l’agent labélisateur » et sans aucun contrôle de l’association de certification Certilim.

En tout, les fraudes ont porté sur environ 79 tonnes de viande.

A l’époque, en pleine crise de la vache folle, la demande de viande de qualité avait explosé et le seul moyen de faire face « dans un délai rapide » était de rajeunir les animaux pour qu’ils correspondent aux critères requis, a expliqué à la barre un employé de la répression des fraudes.

[…]

« Vous aviez intérêt à vendre plus de viande +label rouge+ car vous faisiez plus d’argent et, en plus, vous étiez le monsieur propre qui mettait le coup de tampon », a lancé le président du tribunal à l’agent. »8

Je ne peux m’empêcher de penser que les êtres humains ont toujours autant besoin de médailles, de distinctions, de diplômes, de labels, de chartes, de clubs privés qui ne sont que des façades cachant nos faiblesses, nos manquements et notre promptitude à contourner la bienséance et les lois.

– 12 – Des mesures de soutien au marché de la viande bovine.

Le règlement de la PAC renforcé par le Traité de Lisbonne est farouchement opposé aux aides directes nationales pour une question évidente de concurrence. La décision doit donc venir de Bruxelles et non des capitales respectives des pays membres.

Depuis 1992, avec la réorganisation de la PAC, le soutien des prix est remplacé par un soutien des revenus agricoles. Et je dois vous avouer que c’est un peu nébuleux pour moi. Je ne sais pas comment, dans la pratique, se passe le soutien au marché de la viande bovine actuellement.

– 13 – L’établissement d’un plan protéagineux ambitieux au niveau européen.

« Estimant inacceptable l’attitude de la Commission européenne consistant à préférer importer des protéines végétales, plutôt que d’encourager cette production dans l’Union européenne, la commission d’enquête demande le lancement d’un « plan protéines » comportant plusieurs aspects :
– revaloriser l’aide aux protéagineux (pois, fèves et férules, lupins doux) afin d’avoir un impact immédiat sur ces productions dont les surfaces diminuent depuis deux ans ;
– autoriser la production de cultures à haute teneur en protéines sur les terres en jachère ;
– prendre des mesures pour enrayer le recul des cultures oléagineuses et obtenir un réexamen des contraintes sur ce type de culture, lors des prochaines négociations de l’OMC. » (Sic)9
Non seulement le problème n’est pas résolu, mais l’Union européenne semble faire tout pour saper l’avenir des cultures à haute teneur en protéines. D’où la remise sur le tapis de façon récurrente des protéines animales disponibles au sein même de l’Union Européenne.

1. Rapport du Sénat n° 321, op. cit., p. 319.

2. Radio Frequency IDentification / Identification par radio fréquence.

3. Oui, j’exagère mais nous y sommes presque !

4. Rapport du Sénat n° 321, op. cit., p. 322.

5. Pour rappel : interdit en France depuis mai 1990.

6. Rapport du Sénat n° 321, op. cit., p. 77.

7. Rapport du Sénat n° 321, op. cit., p. 324.

8. www.agrisalon.com, dépêche du 21 octobre 2003. (N’est plus présente sur le site)

9. Rapport du Sénat n° 321, op. cit., p. 326.

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