De pré… ou de loin

charolais en pâtureLe cochon : pionner du cloître !

Le premier animal domestique à connaître l’enfermement total aura été le porc. Pendant très longtemps, les cochons étaient emmenés en troupeaux dans les forêts pour qu’ils puissent se nourrir de glands et de faines.1

Les Gaulois pratiquaient déjà cette méthode d’élevage et ils étaient considérés comme de grands éleveurs de porc, produisant une viande fine et délicate.2

C’est une ordonnance royale qui eut raison de la glandée et du porc en semi-liberté. En 1669, l’administration de Louis XIV réserva ses forêts de chênes de la moitié nord du royaume au bois d’œuvre pour sa Marine et pour assurer le combustible domestique et industriel. Exit les troupeaux de pourceaux. Il faudra attendre les années 1700-1710 pour que les chênaies du Midi leur emboîtent le pas.

Le porc sera désormais élevé en porcherie avec des fourrages venus du nouveau Monde : la pomme de terre et le maïs. Mais aussi le petit lait des fromageries, du son et mouture de céréales.

Il n’est fait mention nulle part de l’avis des personnes concernées. Étaient-elles satisfaites de l’enfermement forcées des porcs après 1600 ans, voire plus, de transhumance vers les forêts de chênes.3 Excusez du peu !

Élevages modernes

Si hier les animaux étaient livrés à eux-mêmes, aujourd’hui ils sont sous une attention continue et parfois sous haute surveillance.

En élevage bovin, la pratique du zéro pâturage est connu depuis longtemps. Nous en parlions déjà en 1982, lors des cours de zootechnie. Ce n’est pas nouveau.

Attention ! Zéro pâturage ne veut pas dire zéro herbe. Pour être explicite, c’est du style : Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! N’oublions pas que nos ruminants ont besoin de fibres longues pour ruminer. C’est la base.

Donc si les vaches ne vont pas à l’herbe, l’herbe ira aux vaches.

Zéro pâturage

Il est courant de faire de l’affouragement en vert. C’est-à-dire apporter de l’herbe fraîchement fauchée.

Au printemps, l’herbe est abondante dans les prés, mais en fin d’été, elle se fait plus rare. Les éleveurs apportent, en plus, des fourrages fauchés au jour le jour – luzerne, colza ou chou fourrager, mélange de graminées, etc. – ou du foin en libre-service.

Affouragement en vert - luzerne

Luzerne fauchée chaque jour dans un râtelier mobile pour affouragement en vert – photo prise le 20 septembre 2014 au nord de l’Oise – Picardie

Foin en libre-service

Foin en libre-service en pâture (génisse au fond) – Photo prise le 18 septembre 2014 au nord de l’Oise – Picardie

Dans la polémique autour de la ferme des mille vaches, il est constamment dit que les bovins ne verront jamais la couleur de l’herbe. C’est un excès de langage, à mon avis, pour manipuler l’opinion publique ou créer une OGM – Opinion Généreusement Manipulée. Elles n’iront effectivement pas en pâture, mille vaches à conduire en pâture avec les contraintes de traite, ce serait une logistique lourde. Par contre, elles verront la couleur de l’herbe, sous forme de foin, apportée à l’auge. De ce que j’en sais, leur alimentation est à base de maïs ensilé complété avec du tourteau de soja – formule classique, même en troupeau de 30 vaches ! – avec un complément de foin et de paille. Rien d’extraordinaire. Vu la configuration de cette grosse ferme, les aliments viennent des fermes voisines. Du local, à part le soja, mais cela est un grand classique pour tout élevage… européen ! Pour les bovins, porcs, volailles des élevages d’Europe, le tourteau de soja vient des U.S.A. et du Brésil. Peut-être d’Argentine également, ce pays ayant également voulu croquer dans la manne financière OGM.

Ce qui est gênant concernant la ferme des mille vaches, c’est l’idée de départ. Il semblerait4 que le promoteur du projet, Michel Ramery, veuille jouer les donneurs de leçons : voici la ferme du futur. Seul, ce modèle est considéré comme ayant un avenir.

C’est une manière comme une autre de prendre les autres acteurs de la profession de haut.

Le but est de rendre le lait français compétitif vis-à-vis des voisins européens. Ce sont quelque 8 centimes d’économie de coût de production par litre de lait. Cela peut paraître ridicule, mais c’est beaucoup. Avec une production honorable de 25 000 litres de lait par jour pour mille vaches, cela fait en gros 9 125 000 litres par an, soit 730 000 euros d’économie en termes de coût de production. Sauf que là, il va falloir diviser par deux, car en fait la ferme des mille vaches, administrativement parlant, est limitée à 500 vaches. Mais tout de même, 365 000 euros d’économie… que celui qui trouve que ce n’est rien, me contacte, que je puisse lui fournir les coordonnées de mon compte bancaire, pour qu’il me fasse un virement facilement !!!

Juste une petite réflexion en sus : le marché commun agricole, à la base, devait aplanir les différences entre nos agricultures. Il n’a fait que les exacerber. Merci l’Union Européenne ! Au lieu de nous serrer les coudes entre européens, nous menons une compétition pour savoir lequel est le meilleur.

Pour en revenir au prétendu modèle unique que devrait représenter la ferme des mille vaches, j’estime qu’il y a assez de place pour tout le monde, et il n’est pas interdit de faire cohabiter plusieurs modes d’élevages dans ce pays, mais il faut une dose de largeur d’esprit.

Bref, cette ferme est issue de modèles rencontrés en Allemagne et dans les pays scandinaves – Danemark et Suède, entre autres. Notre modèle français n’est pas habitué à ce style d’exploitation agricole. Nos grosses fermes laitières n’excèdent pas les 250-350 vaches laitières.

Sans être partisan de quoique ce soit, la ferme des mille vaches n’utilise pas de robot à traire, mais le chef d’entreprise a visiblement opté pour des trayeurs à plein temps. Donc de la main-d’œuvre humaine. Tous n’ont pas cette vertu ! J’en fus le premier étonné. Sur un tel troupeau, même de 500 têtes, les robots à traire sont tout indiqués, de plus sur un système où les vaches sont en stabulation permanente. Comme quoi, il n’y a pas de pensée unique et figée.

Une seule ferme comme celle-ci n’est pas un problème. C’est sa généralisation qui le serait.

Pour conclure aujourd’hui et mettre un peu d’ambiance, qui n’a pas entendu parlé de la ferme des mille vaches. Pourtant, en France, 28 autres projets grandioses sont sur les rails. Le saviez-vous ? C’est la Confédération Paysanne5 qui partage cette petite info. Il y a-t-il un projet près de chez vous ?

À suivre

1 Fernand Braudel, L’identité de la France, les hommes et les choses II, Paris, Éditions Flammarion, Collection Champs Histoire, 1990, 536 pages. Page 91.

2 Régine Pernoud. Louis-Henri Parias (publié sous la direction de). Histoire du peuple français. Tome I. Des origines au Moyen Âge (1er siècle avant J.-C. – 1380), Paris, Nouvelle Librairie de France, 1991, 710 pages. Page 25.

3 Jean-Marc Moriceau, Philippe Madeline, La transhumance des cochons, La France Agricole, 3 décembre 2004.

4 Je reste prudent, vu la forte polémique autour du projet, j’ai peur d’avoir des informations partiales et orientées. J’évite d’aller chercher les sources chez les antagonistes ou protagonistes du projet. Mais certaines sources ne disent pas leur penchant.

5 Syndicat agricole.

(Crédits photos : 1/3/4 – Jean Helder ; 2 – © А.Azhmukhanov – Fotolia.com)

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