I, Robot à l’étable

Élevage : I, Robot à l'étableRevenons, donc, aux pays européens qui s’inquiètent de la diminution du pâturage dû, souvent, au passage à la robotisation de la traite.

Ces pays sont au nombre de six : la Belgique, le Danemark, la France, l’Irlande, les Pays-Bas et la Suède.

La contrainte de la traite biquotidienne pousse des éleveurs à opter pour la robotisation et assouplir leur emploi du temps.

Le principe du robot

Vous vous en doutez, l’avantage du robot est relativement simple : il est disponible 24 h/24 et 7 j/7. À la différence de la traite par des personnes, ici, il n’y a pas de contrainte horaire. Les vaches passent à la traite quand elles veulent. Deux ou trois fois par jour, si cela leur chante. La traite passe en libre-service. Cela dit, il faut un temps d’apprentissage pour les vaches, ce n’est pas inné. De plus, il faut également surveiller les nombres de passage en traite et détecter les vaches réfractaires. Il y a un bon moyen pour les faire passer : la bouffe ! La distribution d’aliments concentrés1, très prisés par nos bovins, pendant ou après le passage au robot trayeur, leur apprend vite à y aller.

C’est ce processus de libre-service de traite qui pose le problème de compatibilité entre pâture et robot.

Le robot de traite, origine de tous les maux ?

Non !

Les salles de traite en rotonde étaient déjà connues dans les années 1980. Dans ces années-là, c’étaient les Pays-Bas qui faisaient office de modèle et déjà les vaches n’allaient plus guère en pâture. Ce qui inquiétait déjà de nombreux acteurs de la profession en Europe mais également les instances politiques néerlandaises.

Pour en remettre une petite couche, les grosses structures d’élevage en Allemagne ou du Danemark n’ont pas tous des robots, mais des salles de traite de type rotonde, comme la ferme des 1 000 vaches, qui s’en inspire. Les vaches restent tout de même à demeure.

Mais la robotisation n’arrange pas les choses quand même.

Évolution du tandem robot-pâturage dans nos six pays concernés :

Pays % d’exploitations robotisées avec pâturage
En 2002 En 2011
Belgique 71 10
Danemark 25 25
France 48 50
Irlande 99
Pays-Bas 53 40
Suède 100 100

Source : Idele, Institut de l’élevage

Plusieurs solutions en perspective

Des solutions ont été mise en place par des éleveurs eux-mêmes. Tous ne suivent pas un modèle unique. Les éleveurs ont un vécu, des convictions, des modèles qu’ils souhaitent suivre ou justement ne pas répéter.

D’autres solutions sont à l’étude par des instituts de recherche. Un projet européen a été initié pour concilier la traite robotisée et le pâturage. C’est l’Union Européenne qui finance ce projet : 3,1 millions d’euros. Je vous rassure, c’est avec notre pognon !

Les fabricants de robot à traire, eux ne sont pas sollicités. Ils continuent à générer du chiffre d’affaires et c’est le contribuable européen qui paye. Même les 22 autres pays qui ne participent pas au projet.

Bref ! Pour en revenir aux éleveurs, il y en a qui usent d’ingéniosité pour continuer le pâturage avec la présence d’un robot à traire, en aménageant des passages pour que les vaches puissent traverser seules des chaussées… à faible circulation. La solution du passage canadien est particulièrement adapté pour cet aménagement.

Passage canadien (col du Pradel)

Un passage canadien, au col du Pradel (Pyrénées). Les animaux ne peuvent pas passer sur les tubulures, contrairement aux roues des véhicules. C’est une sorte de barrière automatique horizontale.

Passage canadien en Ecosse

Ce système est très développé en Écosse, particulièrement sur l’ile de Skye (la photo ci-dessus, avec les Cuillin en fond – Montagnes – pour info !) Les grilles sont signalées par des panneaux de signalisation intitulés « Cattle Grid ».

Passage canadien

Un « Cattle Grid » gardant bien les bovins du côté de pâturage.

Passage canadien sur voie ferrée

Un autre cattle grid pour un usage différent !

croquis passage canadien

Dans le même principe, des agriculteurs ont l’idée d’installé un passage en libre service pour leur troupeau délimité par deux passages canadiens (Soit des grilles, soit une clôture électrique mais horizontale isolée, ou des bandes de couleur laissant croire aux animaux un système à grilles infranchissables…)

Le cas de la Suède

Nous l’avons vu, la Suède fait partie des six pays travaillant autour de la conciliation du pâturage avec la robotisation de la traite.

La production laitière se concentre au sud du royaume de Suède, en dessous de sa capitale, Stockholm. Les vaches sont nourries avec de l’herbe ensilée et pâturée, avec un complément en céréales.

La Suède a instauré trois obligations pour ses éleveurs :

  • interdiction d’utiliser des aliments du bétail à base d’OGM2, type tourteau de soja par exemple ;
  • promulgation d’une loi obligeant l’installation d’une brosse automatique par tranche de 50 vaches, en bâtiment, pour leur bien-être ;
Vache se faisant brosser

Elle est pas heureuse, là ?!…

vache se brossant

Là, c’est pas mal non plus.

  • une obligation de faire pâturer les animaux du 1er mai au 15 octobre et au moins 6 h/jour… robot ou pas !3

Quelques éléments de comparaison entre la Suède et la France :

  Suède France
Nombre d’éleveurs (2010) 4 940 51 000
Nombre moyen de vache/élevage (2010) 72 45
Nombre de fermes robotisées (2013) NC 3 800
(estimation Idele, Institut de l’élevage)

Faudrait-il en arriver à voter des lois pour éviter les dérives d’un secteur atteint des mêmes maux que tous les autres : la recherche de l’hyper compétitivité pour survivre à la dictature des prix toujours plus bas. Bientôt pour écouler ses produits, peut-être faudra-t-il faire un chèque en plus !

Et après ?

Quand touts les fermes laitières ressembleront à la ferme des 1 000 vaches et à ses sœurs outre-Rhin, le prix de production du lait sera devenu très compétitif jusqu’à ce qu’un nouveau modèle voit le jour et rebatte les cartes.

L’économie étant cyclique avec des cycles de plus en plus courts, comme une sorte de spirale, combien de temps dureront ces maxi structures.

La réduction du pâturage est la résultante de plusieurs facteurs. La mécanisation de l’agriculture en générale, que ce soit la traite ou les champs. La mécanisation du travail des champs a également changé la donne. Permettant de retourner de vieilles prairies au profit de fourrages annuels. Et entre autre l’avènement du binôme maïs fourrage – tourteau de soja.

Même si cela est devenu le scénario dominant, ce n’est pas le seul et unique. Dans les zones de production de fromages particuliers, l’ensilage est banni, tous les ensilages. Ils contiennent des spores butyreux qui passent dans le lait. Le lait n’est pas impropre à la consommation, mais il devient impropre pour la confection de fromage à pâte pressée cuite4 et non cuite5. L’acide butyrique leur confère un mauvais goût et un mauvaise odeur, mai il fait aussi gonfler les fromage, allant même jusqu’à leur éclatement.

Dans ces zones, l’alimentation des vaches laitières est relativement simple : du pâturage pendant les beaux jours, du foin l’hiver.

De plus, le pâturage à d’autres vertus, qui commencent à être connus, mais peu reconnus pour le moment. À la suite de cette série sur le pâturage, nous allons nous intéresser aux bovins en tant que producteurs de G.E.S. – gaz à effet de serre.

Il est vrai que l’on aime bien les voir dans les prés, mais pas à ce point, tout de même 😉

1 Les aliments concentrés sont appelés ainsi car ils renferment plus d’éléments nutritifs au kilo par rapport aux fourrages. Ce peut être du tourteau de soja, du tourteau de colza, des céréales – orge, triticale -, des résidus de meuneries comme le son, des coproduits d’industries agroalimentaires – pour en savoir plus sur les coproduits, voir cet article.
Les concentrés peuvent être fabriqués à la ferme ou par des fabricants d’aliments spécialisés.

2 Tout en autorisant la culture du maïs TC 1507 du groupe Dupont-Pioneer – maïs OGM -, avec un climat qui ne s’y prête pas.

3 Source : Turbjörn Lundborg, Växa Sverige, Suède.

4 Exemples de fromages à pâte pressée cuite : Abondance, Beaufort, Comté, Emmental, Gruyère, Parmesan, …

5 Exemples de fromages à pâte pressée non cuite : Cantal, Edam, Gouda, Laguiole, Mimolette, Morbier, Reblochon, Saint-Nectaire, Salers, les Tommes – de Savoie, du Jura, des Pyrénées -, et bien d’autres.

(Crédits photos : 1 – © Tatiana Shepeleva – Fotolia.com ; 2 -© Xfigpower – Wikipédia ; 3/6 – © Jean Helder ; 4 – © Laholden – freeimage.com ; 5 – © Johnnyberg – Freeimage.com ; 7 – © DeLaval ; 8 – © Wolfgang Mücke – fotolia.com)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*