Le bonheur est dans le pré

Charolaise et son veauLes médias se font le relais d’inquiétudes de l’opinion publique ou bien ils cherchent encore la petite bête : nos vaches ne pâtureraient plus assez et seraient enfermées sans plus voir la couleur de l’herbe. Cette tendance s’est accélérée avec la médiatisation de la ferme la plus connue de France : la ferme des mille vaches.

Je pense que ce genre de pensée est un contre-coup de la crise de la vache folle et qui amène tout un chacun à suspecter les éleveurs de faire n’importe quoi avec les bovins, voire les animaux d’élevage en général. Cela dit, tout n’est pas faux. Avec la démocratisation des robots à traire, les vaches laitières se retrouvent souvent assignées à résidence.

Est-ce pour autant une pratique moderne ?

Au XIXe siècle, aux pourtours de Lyon, « dix ou douze mille chèvres y vivent toujours à l’étable, abondamment nourries d’herbes, de feuilles d’arbres, de racines, de son, de tourteaux, et donnent par la quantité de leur lait des profits extraordinaires. »1

Ce texte, issu des écrits de Léonce de Lavergne, fut publié en 1860. Il ne concerne pas un unique élevage mais l’ensemble de ceux dans la périphérie lyonnaise. Cependant, nous pouvons déjà voir l’amorce d’un mal bien plus dangereux que nos méthodes d’élevage dites modernes : celui de la recherche de profits extraordinaires, aujourd’hui nous dirions juteux.

Ce même Léonce de Lavergne nous expose un autre exemple, dans le Vaucluse :

« Ce beau pays de culture a un défaut qu’il partage avec tous ses voisins, il manque d’engrais. On cultive avec des mules ou à la bêche ; on ne peut entretenir de bœuf, encore moins de vaches, faute de fourrages. Outre les engrais de ville, qu’on recueille avec soin, on n’a pour faire du fumier que quelques troupeaux de moutons ; […]. Nulle part le fumier n’a plus de valeur et ne se paye plus cher. » (Sic)2

Vous allez me dire : « je ne vois pas de bêtes continuellement enfermées dans le passage que vous venez de mettre. » Certes, c’était juste pour introduire le suivant. Du constat du manque d’engrais qui était exclusivement organique à cette époque, où dans d’autres régions les paysans couraient après la tangue ou le goémon, ici ils viennent de bêtes à l’attache :

« Lors du dernier concours régional d’Avignon, en 1858, le jury a décerné la prime d’honneur à M. Valayer, qui a compris cette nécessité de créer de l’engrais. La moitié d’un domaine de 70 hectares est consacrée aux cultures fourragères, luzerne, trèfle et sainfoin, qui permettent de nourrir, en sus des moutons et des animaux de travail, 30 vaches laitières, toujours à l’étable ; le revenu du domaine, qui était il y a quinze ans de 6 500 fr., a doublé par cette méthode de culture. » (Sic)3

Nous pouvons constater que, déjà en 1858, des vaches laitières n’allaient pas aux pâturages et se faisaient affourrager à domicile ! Condamnées à produire ce précieux fumier et, accessoirement, du lait. Accessoirement, car le niveau de production n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Concernant la méthode, elle est louée à cette époque parce que novatrice.

En 1860, les famines avaient fini par disparaître à force d’efforts et d’innovations de ce genre. Le contexte n’était donc le même qu’aujourd’hui. Chaque parcelle de terre arrachée à la friche était utilisée pour nourrir les populations ou les animaux.

À suivre…

1 Léonce de Lavergne, Économie rurale de la France depuis 1789, Paris, Guillemin et Cie, 1860, 485 pages. Page 252.

Pour en savoir plus sur Léonce de Lavergne : fiche Wikipédia

2 Léonce de Lavergne, op. cit., p. 269.

3 Léonce de Lavergne, op. cit., p. 270.

(Crédit image : Jean Helder – Dge_H)

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