Révolution dans l’étable

Élevage : Révolution dans l'établePlusieurs pays s’inquiètent de la diminution du pâturage par les vaches laitières. Il faut se rendre à l’évidence, le passage au système de traite par robot entraîne souvent l’arrêt du pâturage. Il y a plusieurs causes à cela :

  • soit une intensification de l’élevage pour une question de rentabilité de l’investissement et dans ce cas l’éleveur cherchera à contrôler l’alimentation de ses vaches et les quantités mise à leur disposition. Je vous en parlais lors du deuxième article dans les avantages de l’herbe fauchée mécaniquement et apportée à l’auge.
    L’éleveur maîtrise la quantité mais aussi la qualité des fourrages apportés ;
  • soit l’accès aux pâtures n’est plus possible avec le système de traite en libre service – c’est le principe du robot de traite.

Avant d’aller plus loin dans la collecte de preuves à charge des dégâts, voyons les différentes méthodes de traite. Vous comprendrez mieux le souci rencontré lorsqu’un élevage robotise la traite.

Les différentes méthodes de traite

La traite manuelle

La traite manuelle était la seule manière de traire avant l’avènement de la traite mécanique.

Elle était possible du fait des troupeaux de petite taille, 6 vaches en moyenne et de races mixtes lait-viande, donc peu productives, guère plus de 3 000 kg de lait par vache et par an.

Pour comparaison, en 2010, la taille moyenne des troupeaux laitiers en France était de 45 vaches pour une moyenne nationale de 6 500 kg de lait par vache et par lactation – ou par an.1

Bidons à laittraite manuelleLe lait était stocké en bidon et attendait dehors l’arrivée du camion de ramassage. Selon la saison et dans ce laps de temps plus ou moins long, le lait pouvait souffrir et il n’était pas rare qu’il tourne, le rendant impropre à la consommation, jeté à l’arrivée à la laiterie, donc pas payé.

Pour en remettre une petite couche, les trayons des vaches étaient sommairement nettoyés, lorsqu’ils l’étaient. L’hygiène n’était pas encore au rendez-vous.

La traite manuelle se faisait à heures régulières, à l’étable comme en pâture. Pas de souci de pâturage engendré par cette méthode, si ce n’est les rares cas déjà mentionnés lors des deux premiers billets, où la cause était plus une fragilité des sols couplé à un climat renforçant cette vulnérabilité.

La traite mécanique

La traite biquotidienne – matin et soir – a toujours constitué une astreinte, encore aujourd’hui. C’est donc pour réduire le temps autour de cette astreinte mais également pour pallier le manque de main-d’œuvre que dès le début du XIXe siècle, des recherches et essais furent fait pour automatiser cette tâche.

Ce sont surtout les anglo-saxons – Américains, Britanniques – qui travaillèrent le plus sur le projet et déposèrent une bonne centaine de brevets. Mais c’est à un éleveur australien, au début du XXe siècle, que nous devons la technique de traite mécanique encore en vigueur aujourd’hui, même sur les robots de traite.

Ce système utilise des gobelets trayeurs à double chambre, alternant phase de pression et phase de dépression. Ceci afin d’imiter l’aspiration du lait par le veau, d’une part ; le massage du trayon par la pression de la langue et des lèvres du veau, d’autre part.2

 

faisceau trayeur légendéschéma gobelet trayeur légendé

 

Le veau, lors de la tétée, développerait un vide de 305 à 330 mm Hg – millimètre de mercure. Les machines à traire usuelles travaillent entre 320 et 400 mm Hg.3

Pour information, la pression atmosphérique usuelle est de 760 mm Hg.

La traite mécanique se fait par cycle de pulsation d’une seconde : 50 à 60 % de phase de traite pour 40 à 50 % de phase de massage. Il y a 45 à 65 cycles par minute.

Les pulsateurs peuvent avoir une action simultanée ou alternative. La pulsation est simultanée lorsque les quatre chambres de pulsation d’une unité de traite sont au même stade d’un cycle au même moment. Par contre, avec une pulsation alternative, deux manchons trayeurs sont dans la phase de traite lorsque les deux autres sont dans la phase de massage. Le flux de lait est plus régulier et il y a moins de fluctuations de vide avec une pulsation alternée.4

En France, il faudra attendre les années 1960 pour que cette technique se généralise. Auparavant, deux facteurs entravaient son développement : la non-électrification et les troupeaux de très petite taille.

Parallèlement à cette généralisation, l’hygiène de traite se développera. Le nettoyage des trayons, la démocratisation des tanks à lait réfrigérés. Ils gardent le lait à 4-5° C, empêchant le développement des germes pathogènes. Les camions laitiers maintiennent le lait collecté à cette même température.

tank à lait

Tank à lait

Les machines à traire ont permis d’augmenter la taille des troupeaux tout en diminuant le besoin de main-d’œuvre. Une personne seule peut traire une centaine de vaches en 1 heure – 1 heure et demie avec une structure de traire adaptée.

À suivre

1 Sources : Eurostat, Agreste-Ministère de l’Agriculture, Institut de l’Élevage.

2 Philippe Madeline, Jean-Marc Moriceau, Pôle rural-MRSH Université de Caen, De la main à la machine, in La France Agricole, n° 3423, 17 février 2002.

3 J. Labussière, Ph. Richard, La traite mécanique. Aspects anatomiques, physiologiques et technologiques. Mise au point bibliographique, Annales de zootechnie, 1965, 14, p. 88.

4 Babcock Institute for Internationale Dairy Research and Development. Université du Wisconsin, Madison.

(Crédit photo : 1/3 – Jean Helder ; 2 – © NLPhotos – Fotolia.com ; 4 – DeLaval ; 5 – Babcock Institute ; 6 – Fotonovela – Wikipédia)

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