Vert pâturages

Élevage : Vert pâturages« Ces prairies supérieures, qui doivent s’élever au moins à 1 000 mètres, sont, à vrai dire, les seuls qui soient encore pâturées. Dans les régions moins froides et plus habitées, on pratique de plus en plus une stabulation presque complète. On s’est aperçu que les animaux arrachaient en paissant une partie de l’herbe et en gâtaient encore plus avec leurs pieds. Le Jura possède une espèce particulière de gazons qui couvrent les pentes les plus escarpées et qu’on appelle des prés-bois, parce qu’ils sont entremêlés de bouquets d’arbres. Même avec ces pentes, qui n’était autrefois que de maigres pacages, on aime mieux aujourd’hui porter la faux, bien qu’elle y recueille une herbe courte et rare ; en y transportant du fumier, on les voit s’améliorer rapidement, au lieu de se détruire sous la dent du bétail. » (Sic)1

Après tous ces exemples, nous voyons que cette pratique a lieu lorsque les conditions météorologiques sont particulièrement défavorables – trop froid, trop chaud – ou quand il faut garder un sol fragile en état. Mais ce n’est pas une généralité. Certes, la stabulation permanente présente un intérêt pour ceux qui recherchent à être à la pointe de la technique. Ils peuvent apporter une ration contrôlée à leurs bêtes.

Cette ration peut être faite d’herbe fauchée mécaniquement chaque jour et apportée à l’auge, avec un complément de foin et de céréales aplaties, par exemple.

  • Avantage(s) : contrôle de la quantité et de la qualité ingérée par son troupeau. Préservation du piétinement et de la dent du bétail pour des prairies fragiles.
  • Inconvénient(s) : mobilise une personne pour faucher et distribuer les aliments. Coûts mécaniques – gasoil pour le tracteur plus l’achat et l’amortissement du matériel adéquat.
    Répercussion écologique encore peu prise en compte – nous en reparlerons plus loin.

Lorsque je pratiquais encore le métier de vacher, dès que l’état des pâturages le permettait, nous lâchions les bêtes. Au début, seulement la journée, puis dès que les températures nocturnes devenaient plus clémentes, la nuit également.

  • Avantage(s) : temps de travail réduit autour du troupeau, l’alimentation étant laissée à l’initiative du bétail – enfin presque, le choix et le rationnement des pâtures nous incombaient tout de même.
  • Inconvénient(s) : gâchis d’herbe – piétinements, souillure par les excréments, herbes trop dures délaissées par le palais délicat de nos vaches ! Quoique aujourd’hui, ceci semble être un avantage du point de vue écologique – surveillance moins facile pour la mise à la reproduction.

La stabulation complète ou presque complète est-elle due à notre agriculture contemporaine ? Non, à lire M. de Lavergne.

Il semble que cette pratique était en fait fréquente dans les régions au climat quelque peu rude, puisqu’à Gérardmer – 700 m d’altitude environ – le plateau habité le plus élevé des Vosges en 1860, 1 500 ha de prés nourrissent 1 500 vaches. Comme dans le Jura, ces vaches ne sortent presque jamais.2

L’élevage à l’ancienne

La règle de base pour l’élevage d’hier : débrouillez-vous pour vivre.

Autant les humains étaient au plus près des animaux à cette époque, autant ils s’en occupaient moins. La majeure partie du gros bétail – bovins, équins – étaient livrés aux hasards du dehors, sans surveillance.

L’élevage était souvent relégué au second plan derrière la préoccupation majeure : les cultures de céréales. Les animaux étaient présents sur les fermes pour deux choses : comme bêtes de trait et comme producteur du précieux fumier – toujours insuffisant.

Deuxième règle de l’élevage à l’ancienne : la stabulation3 saisonnière et le plein air.

À part les rares exemples cités plus haut et dans l’article précédent, les animaux étaient laissés en liberté à la belle saison. La raison était simple : le manque récurrent de fourrage en grange.

Dès que les températures venaient à baisser durablement, les animaux étaient rentrés en étable et cohabitaient avec les fermiers. Les humains profitaient de la chaleur animale durant la mauvaise saison. Mais ils profitaient également d’un air peu renouvelé qui entraînait des problèmes de santé.4

À Suivre

1 Léonce de Lavergne, Économie rurale de la France depuis 1789, Paris, Guillemin et Cie, 1860, 485 pages. Page 146.

2 Léonce de Lavergne, op. cit., p. 156.

3 Stabulation, du latin stabulum : étable.

4 Fernand Braudel, L’identité de la France, les hommes et les choses II, Paris, Éditions Flammarion, Collection Champs Histoire, 1990, 536 pages. Page 85 et ss.

(Crédit photo : Jean Helder – Dge_H)

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