Marine Le Pen, présidente de la région Nord-Pas de Calais-Picardie ?

Elections regionales 2015Entre les problèmes de la zone euro sur fond de tragédie grecque en je ne sais combien d’actes, et les âpres discussions du nucléaire iranien commencées il y a plus d’une décennie, qui ont accaparé les médias, est venu se glisser quelques événements dont les régionales de décembre. Et oui, à la fin juin, ces mêmes médias étaient suspendus à la décision de la présidente du FN : Marine Le Pen se présentera-t-elle aux élections régionales 2015 en région Nord-Pas de Calais-Picardie ?

Depuis les présidentielles de 2002 et l’arrivée surprise du Front National de Jean-Marie Le Pen au second tour, la classe médiatique semble plus inquiète que la classe politique. Cette dernière avait jurée ses grands dieux qu’elle avait compris le message adressé par les Français. Il semblerait que nos politiques français aient la mémoire encore plus courte que celle de leurs concitoyens, déjà fort réputés pour leur aptitude à l’amnésie profonde.

Donc, à chaque rendez-vous électoral, la même question revient immanquablement : quel sera le score du FN ? Et : Va-t-il s’inviter au second tour ?

À la fin juin 2015, alors que Marine n’avait pas encore officialisé sa candidature pour les régionales, un sondage Ifop commandé par les écologistes, donnait le FN gagnant en région Nord-Pas de Calais-Picardie. Lors du premier tour, quels que soient les scenarii envisagés, avec 31 ou 32 % des intentions de vote, devant les républicains (28 %). Au-delà des chiffons rouges que nous pourrions agiter, de mon côté, j’essaye de comprendre cette percée dans diverses régions, surtout au sud et au nord.

Il faut aller par-delà les clichés, où la droite représente les riches et la gauche le prolétariat, pour mieux cerner le problème.

La droite représente le conservatisme : on garde les choses établies depuis des millénaires en modifiant le strict minimum.

La gauche symbolise le progressisme : continuer à avancer et à suivre l’évolution des mentalités, des mœurs, même si cela fait peur ou grincer des dents. Le changement fait peur. Le manque de visibilité est un facteur de stagnation et en ce moment la France entière est paralysée par une crise de cécité.

Donc si la droite est conservatrice, la droite de la droite1 est ultra conservatrice.

Certes, le Front National est taxé de xénophobie et d’antisémitisme, mais ce n’est pas ce côté qui engendre les votes massifs. Dans les régions où l’on remarque une forte progression du FN sont essentiellement les anciens bassins industriels frappés par le chômage dû aux délocalisations.

C’est le discours sur le repli économique avec le retour des emplois au bercail, la sortie de la zone euro, soit-disant à l’origine de notre chômage endémique et de bien d’autres maux, qui plaît. En passant, vous noterez qu’il faut toujours un fautif.

Pour beaucoup de salariés du secteur industriel, la droite et la gauche n’ont rien fait pour endiguer la fuite des emplois vers l’étranger, le FN l’a bien compris et surfe sur la démagogie pour asseoir son ascension. Promettre des lendemains qui chantent et bercer d’illusions le populo est très rémunérateur en termes de voix lors des campagnes électorales. Pourquoi le FN s’en priverait-il ? La fin justifie les moyens. Un principe que désapprouvait Machiavel, mais pas nos professionnels de la politique. Une fois au poste suprême, la prise de la région Nord-Pas de Calais-Picardie n’est qu’un tremplin pour Marine vers la présidence de la République. Remettra-t-elle de l’ordre dans les affaires du pays ? Rien n’est moins sûr.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’appuyer sur l’observation d’un homme politique, observateur et écrivain : Alexis de Tocqueville. Et je ne ferai pas référence à son ouvrage le plus connu, De la démocratie en Amérique, mais de ses correspondances avec ses amis.

Quelle est la véritable motivation ?

Avant toutes choses, je ne compare pas des époques et des situations, mais des attitudes humaines. Comme je l’ai que trop remarqué, l’être humain reste l’être humain quel que soit son degré de formation, d’intelligence, de développement technologique et de savoirs scientifiques. Il peut être vertueux ou vil. Comparer notre époque aux événements des années 1930 est une sorte de paresse d’esprit, paraît-il. Je ne compare pas, car souvent comparaison n’est pas raison. Je remets en avant des réflexes, des faiblesses humaines qui reviennent au-devant de la scène lorsque l’avenir se bouche ou s’obscurcit.

Tocq’ constate que la population est prête à servir celui qui peut assurer son bien-être matériel.

Pour se remettre dans les faits, la Monarchie de juillet avec le roi Louis-Philippe est mise à mal en 1848, avec des affrontements sanglants à Paris. Le roi abdique et la République est proclamée en février 1848. Les bonapartistes accèdent au pouvoir alors même que Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de Napoléon Ier, après deux tentatives de coup d’État est condamné à la détention perpétuelle !

Louis-Napoléon Bonaparte accède à la présidence de la république en décembre 1848 en jurant de rester fidèle à la République démocratique. À cette époque, la constitution ne permettait pas de faire deux mandats consécutifs. Louis-Napoléon Bonaparte n’ayant pu infléchir la loi, fomente un mauvais coup que Tocqueville avait bien flairé puisqu’il déconseille ouvertement à Louis-Napoléon d’avoir recours au coup d’État pour se maintenir en place.

Bref, le 2 décembre 1851, c’est le coup d’État tant redouté par une partie de la classe politique mais visiblement pas par une partie du peuple.

Quelques jours après, Alexis de Tocqueville écrivait à son frère Édouard et lui confiait : « […] les populations s’arrangeaient très bien du nouveau régime et le tenaient d’avance quitte de la liberté et de la légalité. Je savais cela, car je connais cette France fatiguée, énervée, à moitié pourrie, qui ne demande qu’à servir sous celui qui assurera son bien-être matériel. » (sic)2

Voilà ce qui motive les votes en faveur du FN. Une partie de la France est fatiguée et énervée de se faire mener en bateau par une classe politique dédaigneuse et qui ne fait rien pour elle. François Mitterrand a dit en 1993 : « Contre le chômage, on a tout essayé ». Est-ce à dire que depuis 22 ans, la classe politique traditionnelle a baissé les bras ? Peut-être !

Si Marine Le Pen a bien compris cela, elle tire sur la corde sensible, et il semblerait que cela fonctionne.

Mais concernant les ambitions des candidats voulant accéder aux fonctions suprêmes de la France, Tocq’ n’en est pas moins lucide.

« Chacun se concentre de plus en plus dans l’intérêt individuel. Il n’y a que des gens voulant le pouvoir pour eux-mêmes, et non la force et la gloire pour leur patrie […]. »3

Il remarque également que sur vingt mille personnes qui visent à être premier ministre, 19 990 veulent y arriver juste pour bénéficier d’une bonne table, du confort que cela implique et du personnel qui va avec. Il trouve que « c’est un grand moyen pour arriver à de petites jouissances ».4 Et de sous-entendre que pour la réelle gouvernance et la prospérité du pays, il ne faut rien en attendre.

Aujourd’hui, sommes-nous en présence de prétendants au trône avec les mêmes intentions que les 19 990 profiteurs selon Tocq’ ?

Le silence est d’or

Commençons par le président actuel : « Quand je serai grand, je serai président ». Au lendemain de son élection, mais pas encore investi dans la fonction, nous apprenions qu’il avait fait ce vœu en tant qu’enfant. Soit, mais ce n’est pas un programme pour la France et ses habitants. C’est juste un programme de carrière personnel ! Bon, à sa décharge, il n’avait pas encore ouvert la bouche pour nous dévoiler son programme en tant que candidat, qu’il était accrédité d’un taux d’intentions de vote confortable, comparé au président sortant que pas mal de françaises et français voulaient sanctionner.

Bien, justement, Monsieur Sarkozy, qui revient sur le devant de la scène parce que l’état de la France le rappelle à faire quelque chose pour ce pays. Je ne crois pas. Je pense qu’il tient là une occasion de revanche et de faire son retour sur la scène politique. Et d’en profiter pour faire le deuxième mandat que nous lui avons spolié. Est-il utile de se remémorer son revirement lorsqu’il était dans l’équipe de Jacques Chirac pour les présidentielles de 1995, et voyant son chef de file diminuer dans les sondages, changer de navire, pour rejoindre Édouard Balladur, alors mieux placé. Il ne fut pas gêné, ensuite, pour attirer les médias à lui, alors qu’il était ministre sous la deuxième présidence de ce même Jacques Chirac.

En attendant, les électeurs de la région Nord-Pas de Calais-Picardie sont prêts pour réitérer le phénomène de 2012. À savoir : la présidente du FN n’a toujours pas dévoilé son programme pour les régionales, mais elle est toujours créditée d’un taux d’intention de vote en constante évolution.

Dge_H

1 Je crois que le terme extrême droite est proscrit par la patronne du FN, avocate de métier, sous peine de procès, je ne vais pas tenter le diable.

2 Françoise Mélonio et Laurence Guellec, Tocqueville – Lettres choisies – Souvenirs – 1814-1859, Quarto Gallimard, Paris, 2003, 1428 pages. Page 728.

3 Françoise Mélonio et Laurence Guellec, Tocqueville – Lettres choisies – Souvenirs – 1814-1859, Quarto Gallimard, Paris, 2003, 1428 pages. Page 284.

4 Françoise Mélonio et Laurence Guellec, Tocqueville – Lettres choisies – Souvenirs – 1814-1859, Quarto Gallimard, Paris, 2003, 1428 pages. Page 402.

(Crédits photos : © Studio Mike – Fotolia.com)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*