Nucléaire : De l’atome dans nos assiettes

De l'atome dans nos assiettesDe la tome dans nos assiettes, tel aurait pu être le titre, pour faire un jeu de mots.

Cet article fait suite à celui intitulé : « Nucléaire : Tchernobyl à table. »

Il n’est pas là pour agiter des chiffons rouges ou militer contre le nucléaire, il y a suffisamment d’associations anti-nucléaire pour cela. Ces associations, via leurs sites internet, dramatisent et distillent déjà amplement la peur. Ce n’est pas la peine d’en remettre une couche.

Je prends juste exemple sur ce qui c’est déjà passé, pour le transposer sur notre pays et montrer qu’un accident majeur modifierait durablement la manière de vivre d’une région touchée. Il s’agit de simulations pour démontrer que cela n’affecterait pas que les autres, mais toucherait des pans de notre économie nationale.

Bien sûr, ce ne sont que des conjectures, et en aucun cas, je souhaite qu’une telle chose arrive, au nom d’une quelconque idéologie. Il ne faut pas déconner non plus ! Je ne suis ni un apôtre, ni un chantre de l’apocalypse.

Seulement, il ne faut pas croire que nous sommes infaillibles et, malheureusement, le risque zéro n’existe pas dans ce domaine. Même si les organismes de sûreté essayent de s’en approcher le plus possible. Ce qui est heureux.

Mes critères de choix

Je ne retiendrais pas le cas de figure de Tchernobyl pour plusieurs raisons :

  • le type de réacteur n’est pas le même que ceux utilisés en Occident ;
  • la centrale n’avait pas d’enceinte de confinement, contrairement aux centrales occidentales ;
  • des essais hasardeux sont à l’origine de la catastrophe, les signaux d’alertes ont été délibérément ignorés ;
  • du fait du non-confinement du réacteur, des contaminations majeures du sol et des plantes au césium 137 ont été relevées à cinq cents kilomètres de la centrale.

Le déroulement d’un scénario similaire à Fukushima est un cas de figure plus plausible :

  • centrale avec des réacteurs confinés, ce qui a réduit les rejets dans l’atmosphère ;
  • arrêt automatique des réacteurs dès le séisme, mais le raz-de-marée – ou tsunami – est arrivée très vite derrière submergeant les groupes électrogènes de secours. Il faut environ vingt-quatre heures pour arrêter un réacteur, or le tsunami est arrivée cinquante et une minutes après le séisme ;
  • catastrophe déclenchée par des phénomènes naturels combinés, donc non intentionnels, même si des erreurs humaines ont été commises avant – l’exploitant ayant minimisé les risques lors de la construction du complexe – et pendant l’accident de la centrale ;
  • les dépôts de césium 137 contaminant les sols et les plantes, un an après la catastrophe, du fait de la configuration de la centrale similaire aux nôtres, me paraissent logiques, même si nous ne pouvons présager de rien.

Nous parlons bien des dépôts de césium 137, celui qui a une demi-vie radioactive de trente ans. Cependant, il faut attendre deux cents ans pour qu’il ait une radioactivité cent fois plus faible.

Le nuage, lui, sera ballotté au gré des vents et se répandra dans une bonne partie de l’hémisphère nord, comme ce fut le cas de Tchernobyl et Fukushima. Les contaminations sont dans ce cas plus difficiles à estimer.

Tchernobyl se situe à environ 1 600 kilomètres de nos frontières, pourtant l’Alsace, le Sud-Est – les Alpes de la frontière Suisse jusqu’à la mer Méditerranée – ainsi qu’une partie de la Corse furent touchées avec des dépôts de césium 137 anormaux. Ceci aurait dû donner lieu à une prise en charge, au moins pédagogique du style projet Ethos. Savoir éviter les zones à risques dans les premiers temps. Mais les autorités ont préféré la chape de plomb. Chape tellement épaisse et étanche que nous aurions pu l’utiliser pour isoler le réacteur de la centrale de Tchernobyl, avec une efficacité d’au moins 2 000 ans !!!

La France compte 58 réacteurs répartis dans 19 centrales. Cependant, je prendrais que quelques exemples pour la simulation. Nous avons, pour le moment, trois paliers de réacteurs : les CP0/CPY, les P4/P’4 et le N4. Les réacteurs EPR ne sont pas encore en service.

  • Les réacteurs CP0 sont les plus anciens encore en services, ils sont au nombre de 6, développent 900 MWe – méga watt électrique – chacun et équipent Fessenheim (Haut-Rhin) et Le Bugey (Ain) ;
  • Les réacteurs CPY : 28 réacteurs de même puissance que les CP0, et ils équipent Blayais (Gironde), Chinon (Indre-et-Loire), Cruas-Meysse (Ardèche), Dampierre-en-Burly (Loiret), Gravelines (Nord), Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) et Tricastin (Drôme). L’enceinte du bâtiment réacteur est formée d’une seule paroi de béton recouverte d’une peau d’étanchéité en acier ;
  • Les tranches P4, 8 réacteurs de 1 300 MWe à Flamanville (Manche), Paluel (Seine-Maritime) et Saint-Alban (Isère) ;
  • Les P’4, 12 réacteurs de 1 300 MWe à Belleville-sur-Loire (Cher), Cattenon (Moselle), Golfesh (Tarn-et-Garonne) et Penly (Seine-Maritime). Les réacteurs P4 et P’4 ont une double enceinte en béton au lieu d’une seule, ceci pour tenter d’empêcher au maximum les rejets dans l’atmosphère en cas d’accident grave ;
  • Enfin, les derniers réacteurs mis en service, les N4. Ils ont une double paroi comme les P4/P’4,mais le pilotage fait davantage appel à l’informatique. Ils sont 4, d’une puissance de 1 450 MWe chacun, à Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne).

Les retombées étant conditionnées par les vents associés aux conditions humides – pluies, neiges, bruines, rosées -, j’ai donc cherché les vents dominants dans les contrées de nos centrales. Cependant, les roses des vents ne concernent que les dix premiers mètres, mais il faut bien partir d’une base. Les panaches de vapeur contenant les éléments radioactifs atteignent facilement plusieurs dizaines de mètres.

Je plaque le schéma de retombées de Fukushima selon les vents dominants. La centrale possédait des réacteurs de 784 MWe de puissance et les bâtiments avaient une barrière de confinement.

Les limites suivantes seront rappelées :

  • 20 km : zone d’évacuation à Fukushima ;
  • 30 km : zone d’évacuation à Tchernobyl ;
  • 50-70 km : limite des retombées après 1 an ;
  • 250 km : transport de radioactivité importante dans les premiers jours – distance entre Fukushima Dai-ichi et Tokyo.

Le cas de figure post-accident de Fukushima

Fukushima doses 30 mars

Carte 1 : Rejet dans l’atmosphère – carte des mesures aéroportées 30 mars – 3 avril 2011.

« Fukushima doses 30mars » par Roulex_45 — Travail personnel, from Sources : Information et protection du public en cas d’accident – Quelques enseignements de l’accident de Fukushima, IRSN, Conférence des CLI, 16 décembre 2011. Sous licence GFDL via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fukushima_doses_30mars.svg#/media/File:Fukushima_doses_30mars.svg

Pour information :

  • 125 µSv/h = 3 mSv/j = 1,095 Sv/an ;
  • 21,7 µSv/h = 0,52 mSv/j = 190 mSv/an ;
  • 11,3 µSv/h = 0,27 mSv/j = 99 mSv/an ;
  • 2,5 µSv/h = 60 µSv/j = 21,9 mSv/an ;
  • 0,3 µSv/h = 7 µSv/j = 2,63 mSv/an.

Près des réacteurs, le 15 mars 2011, les doses sont bien plus élevées :

  • 30 mSv/h entre les bâtiments des réacteurs 2 et 3, 720 mSv/j soit 263 Sv/an ;
  • 400 mSv/h autour du bâtiment du réacteur n°3, donc 9,6 Sv/j et 3 506 Sv/an ;
  • 100 mSv/h autour du bâtiment du réacteur n°4, soit 2,4 Sv/h et 877 Sv/an.

Pour rappel, les risques liés au débit de dose sont expliqués dans l’article précédent.

Fukushima évacuation avril 2011

Carte 2 : Zones d’évacuation défini en avril 2011.

« Fukushima evac april2011 » par Roulex_45 — Travail personnel, from Sources : Exposures from the Events at the NPPsin Fukushima following the Great East Japan Earthquake and Tsunami, Yoshiharu YONEKURA, UNSCEAR, 23 mai 2011. Sous licence GFDL via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fukushima_evac_april2011.svg#/media/File:Fukushima_evac_april2011.svg

Fukushima zones évacuation juillet 2012

Carte 3 : Zones d’évacuation finalisées en juillet 2012.

À quoi correspondent ces zones ?

  • Dans les zones vertes, le débit de dose est inférieur à 20 mSv/an, seuil fixé par le gouvernement pour autoriser un retour permanent. Dans cette zone, il est possible de circuler sans restrictions et travailler sans équipement de protection.
    La seule restriction est qu’il reste interdit d’y passer la nuit. En d’autres termes, les habitants ne peuvent pas dormir chez eux.

  • Dans les zones orange, d’accès restreint, le débit de dose est compris entre 20 et 50 mSv/an. Le public peut y accéder pour y accomplir des tâches spécifiques, sans avoir besoin de porter des équipements protecteurs ou des dosimètres.

  • Les zones rouges sont considérées comme d’accès difficile, parce que le débit de dose y est supérieur à 50 mSv/an, et ne devrait pas retomber en dessous de 20 mSv/an cinq ans après l’accident. L’accès y est possible pour des raisons d’intérêt public, mais les personnes qui s’y rendent doivent utiliser des équipements protecteurs et des dosimètres.

Fukushima dépôts 1 an

Carte 4 : Évaluation des doses prévisionnelles dues à l’irradiation externe par le dépôt la 1ère année après l’accident.
Cette carte a été adaptée par l’IRSN à partir de la carte du MEXT après réduction des isodoses à 5 valeurs repères : 5 ; 10 ; 20 ; 50 ; 100 mSv.

En la comparant avec la carte des zones d’évacuation, nous pouvons voir que toutes les zones en bleu et les quelques poches vertes ne font pas parties des zones évacuées. En clair, c’est comme le district de Stolyn en Biélorussie, il faut apprendre à vivre avec une dose faible de radioactivité. C’est-à-dire, acquérir une culture radiologique pratique et gérer son budget annuel de becquerel !

Conséquences post-accident

L’évacuation de la zone des 20 km implique l’abandon des animaux d’élevage. Rien n’est prévu pour eux dans l’évacuation d’urgence, seuls les humains sont concernés. Le bétail est laissé sans soins, sans eau et sans alimentation, souvent parqué. Ce qui veut dire que des bêtes meurent non pas des effets des radiations mais uniquement du manque d’eau et, ou de nourriture, ne pouvant sortir des bâtiments ou enclos. Avec l’accord des propriétaires, les autorités japonaises ont procédé à l’abattage des animaux qui avaient réussi à survivre : environs 30 000 porcs, 600 000 poulets, 10 000 bovins, entre autres.

Ceci à un coût économique : c’est le travail de sélection des éleveurs qui part en fumée. Pourront-ils repartir de zéro, ailleurs ? La question reste posée. Sans compter le choc psychologique, qu’il faut surmonter. Cela prend également du temps selon la résilience de chacun.

Des équipes furent autorisées, ensuite, à secourir exclusivement les chiens et les chats de compagnie. 😆

Les restrictions alimentaires sont également mises en place. Le lait et les légumes feuilles1 sont interdits à la vente.

La mer ayant reçu beaucoup de rejets de la centrale, la pêche est interdite dans un périmètre de vingt kilomètres autour de celle-ci.

Le coût humain n’est pas en reste, puisqu’une évacuation de ce type n’est pas neutre. Les conditions d’évacuation, le stress, l’épuisement mental et physique, l’hébergement en abris d’urgence ou en logement temporaire, les suicides, ont fait approximativement 1 600 morts sur les 300 000 personnes évacuées de la préfecture de Fukushima, durant la période de mars 2011 jusqu’en août 2013.

En juin 2013, cette même préfecture comptait encore 150 000 réfugiés.

Enfin, le coût financier. Celui de la catastrophe, initialement estimé à quarante-deux milliards d’euros par le gouvernement nippon a été réévalué à la hausse. Quatre vingt milliards d’euros, sans compter les quinze milliards d’euros de mise en conformité des autres installations nucléaires du pays.

coût estimé de la catastrophe de Fukushima

Graphique 1

Douce France, cher pays…

Passons à la transposition sur quelques centrales.

Je commence par celle de Paluel, en Seine-Maritime. Tout simplement parce que j’ai travaillé dans une ferme de stage à une dizaine de kilomètres au moment de sa mise en route et qu’elle se trouve en bord de mer comme Fukushima. Cependant, le risque de raz-de-marée est moindre dans cette région. Ou alors nous ne sommes pas loin de la fin du monde tel que nous le connaissons !

La Normandie

accident nucléaire paluel débit dose

Carte 5 : Rejet dans l’atmosphère selon vents dominants.

Au vu des roses des vents du Havre et de Dieppe, les vents dominants rejetteraient la majorité de la radioactivité vers la mer. Mais les rejets lors d’un accident de niveau 7 ont lieu sur plusieurs jours et des vents tournoyants peuvent potentiellement ramener une partie de cette radioactivité vers les terres.

Selon une simulation faite par un laboratoire autrichien, un transport réel de radioactivité a pu avoir lieu jusqu’à Tokyo, soit à 250 km de la centrale.

Dans ce cas voilà à quoi cela ressemblerait chez nous. Attention, cela dépend évidemment de la force du vent et surtout de sa présence. Comme nous pouvons le voir, la diplomatie d’État aura un peu de travail avec nos voisins.

paluel 250 km alentours

Carte 6 : Zone de transport potentiel de radioactivité.

accident nucléaire paluel dépôt 1 an

Carte 7 : Dépôts de césium 137 après 1 an selon les vents dominants et une projection vers l’intérieur des terres.

Toujours selon les vents dominants, les conditions météorologiques humides déposeraient la majeure partie des éléments radioactifs en mer. Et je le redis, ce ne sont que des conjectures. Il n’y a aucune prophétie.

Les zones vertes, orange et rouges sont celles que nous avons vues plus haut : accès restreint ou facilité mais sans pouvoir dormir sur place. La zone en culture radiologique pratique n’a aucune restriction si ce n’est de gérer son budget becquerel.

La Seine-Maritime, c’est :

  • 1 251 300 habitants (chiffre 2014) ;
  • 2 grands ports maritimes (Le Havre, Rouen) ;
  • 3 ports de commerce (Le Tréport, Dieppe, Fécamp) ;
  • 1er rang français de la culture de lin (1/3 de la production nationale).
secteurs d'activité en Seine-Maritime

Graphique 2 : Activités économiques en Seine-Maritime.

En regardant les cartes 5 et 7, nous pouvons dire que les ports du Havre et de Rouen devront avoir une communication de crise performante pour rassurer les partenaires internationaux quant à la non-irradiation des navires commerçant avec eux. Ou bien encore les paquebots de croisière faisant escale au Havre.

Malheureusement Fécamp et Dieppe seront moins bien lotis. Notamment concernant la pêche. Les pêcheurs devront faire attention à la zone d’interdiction des 20 km. Et je ne suis pas sûr que les consommateurs achèteront les produits de la mer venant de ces ports.

Quant au transport transmanche de passagers, Dieppe est le premier port départemental en volume de voyageur. Même si le lieu serait en zone verte potentielle, c’est-à-dire ne nécessitant pas le port d’équipement spéciaux ni de dosimètre, je ne suis pas sûr que tout les passagers y souscriront et je pense que certains préféreront se reporter sur d’autres ports. À tort, peut-être, toutefois lutter contre une peur irrationnelle mais justifiée n’est pas chose facile.

ports de Seine-Maritime

Carte 8 : Activité maritime des ports seinomarins.

Le port du Havre à lui seul, induit 32 000 emplois directs et indirects. Imaginez le scénario en cas de gros problèmes.

De même, les services d’hébergement – hôtels, campings, gîtes, chambres d’hôtes – seront touchés. Certains seront même dans la zone d’évacuation totale.

offre hébergement Seine-Maritime 2012

Graphique 3.

Concernant la production de lin, elle sera également touchée. Comment sera-t-elle gérée ? Ce sont les fibres de la tige qui sont utilisées pour le filage. Les professionnels du textile tout comme ceux de la construction – le lin sert de plus en plus en isolant écologique et performant – refuseront d’intégrer dans leur chaînes de fabrication des produits faisant crépiter le dosimètre ! Et comme le césium 137 met trente ans à se faire plus discret, d’ici là, la filière aura trouvé d’autres solutions pour s’approvisionner.

Les autres cultures seraient moins touchées, puisque le césium migre peu vers le grain (blé, orge) et les plantes racines (betteraves sucrières, pommes de terre). Par contre les cultures fourragères seraient fortement concernées par les contaminations, donc les systèmes d’élevages en parallèle.

Sans compter les animaux abattus dès les premiers jours, pour cause de trop grosse contamination ou abandonnés à leur triste sort lors de l’évacuation d’urgence des populations.

Exploitations bovins lait touchées par Paluel

Carte 9 : Localisation des exploitations laitières.

Exploitations bovins viande touchées par Paluel

Carte 10 : Localisation des exploitations bovins viande.

Exploitations porc volaille touchées par Paluel

Carte 11 : Localisation des exploitations avec élevage de porc ou de volaille.

Pour finir, les populations devant quitter leur habitation ne s’évaporeront pas dans la nature. Ils se répartiront dans les départements voisins, ou recommenceront leur vie plus loin. Serons-nous plus cléments avec nos compatriotes que nous le sommes en ce moment avec les réfugiés syriens ? Pas sûr, sachant que deux ans après Fukushima, 150 000 des 300 000 personnes évacuées vivaient encore comme réfugiées. Nous serons lassés d’entendre parler de gens stockés dans des endroits qui finiront par nuire à notre confort et à la notoriété de notre ville et à son tissu économique.

Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

La centrale du Blayais a déjà connu un épisode épineux lors de la tempête de 1999. Les eaux de l’estuaire de la Gironde ont réussi à passer par-dessus les digues de protection. Une surtension a provoqué l’arrêt d’urgence de deux des quatre réacteurs – le n°2 et n°4. Le refroidissement fut assuré par les groupes électrogènes de secours. Mais des débris charriés par la Gironde en crue sont venus obstruer une pompe de refroidissement du réacteur n°1, qui se mit lui aussi en arrêt d’urgence. En sous-sol, les galeries techniques furent noyées par une eau boueuse qui a envahi le bâtiment de stockage du combustible. Le réacteur perdit deux systèmes essentiels pour sa sûreté. L’incident sera classé, après coup, en niveau 2 external seulement par les autorités. Pourtant nous avons frôlé une catastrophe qui, étrangement, ressemble à un accident majeur qui arrivera douze ans plus tard au pays du soleil levant, et se verra classé au niveau 7, le plus élevé ! Nous l’avons échappé belle.

Comme à Fukushima, les risques ont été minimisés, permettant de réduire les coûts liés aux mesures de sécurité. Pourtant des notes avaient déjà mentionné la nécessité de faire des aménagements pour renforcer la sécurité, avant 1999.

Le réacteur n°1 fut mis en service en 1981. Les réacteurs n°2 à 4 furent opérationnels en 1983. Cette centrale à déjà plus de trente ans de service et a reçu son accréditation pour vingt ans de plus.

La construction de nouvelles centrales coûte cher, quant au démantèlement, c’est encore pire. Alors l’allongement du service paraît la meilleure solution.

Vraiment ?

Donc, voici une simulation comme celle concernant la centrale de Paluel.

accident nucléaire blayais débit dose

Carte 12 : Rejet dans l’atmosphère selon les vents dominants, vers le Blayais.

La rose des vents indique des vents dominants de secteur Ouest dans la zone de la centrale, ce qui aurait pour effet de pousser les éléments radioactifs vers les terres.

Le Blayais 250 km alentours

Carte 13 : Zone de transport potentiel de radioactivité.

La centrale du Blayais est plus franco-française au sujet de la zone des 250 kilomètres alentours.

accident nucléaire blayais dépot 1 an

Carte 14 : Dépôts de césium 137 après 1 an selon les vents dominants.

Pour l’heure, et contrairement au cas de Paluel, les éléments radioactifs se déposeraient sur les terres, touchant trois départements et des pans de leurs activités économiques et humaines.

Exploitations laitières touchées par le blayais

Carte 15 : Localisation des exploitations laitières.

Exploitations bovins viande touchées par le blayais

Carte 16 : Localisation des exploitations bovins viande.

Exploitations vignes touchées par le blayais

Carte 17 : Localisation des exploitations viticoles.

L’élevage est surtout très concentré au nord de la grande région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, donc très peu voire pas du tout concerné par le Blayais. Cela dit, il existe tout de même des élevages – ovins, caprins, bovins viande – en Charente et Charente-Maritime qui seraient potentiellement concernés par une catastrophe nucléaire, avec à la clé une gestion de type Stolyn. À savoir, gestion de fourrage propre ou faiblement irradié, utilisation de ferrocène, surveillance sanitaire accrue pour l’autorisation d’écouler ou non des productions animales.

De plus, la région de Cognac serait également touchée. Cependant, la vinification aboutit à une activité résiduelle du césium 137 d’environ 5 à 30 % dans le vin par rapport aux raisins. Puis la distillation de produits contaminés ayant subi une fermentation aboutit à des alcools exempts de radionucléides. Donc théoriquement, le Cognac serait sauf. Par contre, les services de communication auront intérêt à mener des campagnes percutantes pour lever toutes spéculations et idées reçues qui s’ancrent plus rapidement dans les opinions que la simple vérité.

Les autres centrales

Bien sûr, j’aurais pu continuer avec d’autres centrales. Mais le schéma serait sensiblement le même que ceux déjà mentionnés.

Certains diront : « Il faut tout arrêter car c’est trop dangereux ».

D’autres, et pas les plus éloignés des centrales ont un avis totalement opposé. J’ai déjà entendu un reportage radiophonique concernant la centrale de Tricastin, où les riverains sont totalement opposés… à sa fermeture. Surtout les commerçants qui font la majeure partie de leur chiffre d’affaires avec les familles des travailleurs de la centrale, domiciliées dans les agglomérations alentours.

Nous sommes entrés depuis le début de l’ère industrielle dans une gouvernance par le risque. Où pour chaque activité estimée dangereuse, le rapport coûts sur bénéfices est constamment mis en balance.

Le problème est que très – trop – souvent les bénéfices sont furieusement surévalués et, comme par hasard, les coûts plus que sous estimés.

Alors, gouvernance par l’hypocrisie, c’est sûr.

Par le risque, pas pour tout le monde.


Sources :

Wikipédia :

  1. Accident de Fukushima : lien external
  2. Centrale du Blayais : lien external
  3. Accident de la centrale du Blayais : lien external

ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire)

IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire)

HAROPA (Port du Havre, port de Rouen, ports de Paris)

CCI Normandie

Chambres d’Agriculture de Normandie

Seine-Maritime Tourisme

Syndicat mixte du port de Dieppe

DREAL Haute-Normandie (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement)

Agreste – Ministère de l’Agriculture


 

1 Les épinard, brocolis, choux, choux-fleurs. Le césium se concentre essentiellement dans les parties vertes pour les végétaux – feuilles, herbe – et les parties maigres pour les animaux – muscles, partie aqueuse du lait -. Les grains et légumes racines ainsi que les graisses animales sont moins touchés.

 (Crédits photos: © TTstudio – Fotolia.com)

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